Par Noé Kpatagnon DOTOU
Docteur en Sciences de l’information et de la communication, journaliste, écrivain, chercheur.

La valorisation du patrimoine culturel est tributaire de la digitalisation
La stratégie digitale est devenue un outil incontournable pour la promotion culturelle en Afrique. Elle permet non seulement de préserver et valoriser le patrimoine du continent, mais aussi de stimuler l’économie créative en offrant aux acteurs de l’industrie culturelles des espaces virtuels d’exposition et de vente de leurs œuvres. Cependant, bien que l’Internet soit une vaste opportunité d’extension et de visibilité des cultures africaines, la dynamisation de l’offre numérique sur le continent africain demeure un défi préoccupant qui appelle des actions urgentes dans l’agenda des dirigeants de nos Etats.
L’Afrique est un continent riche en diversité culturelle, où les arts, la musique, la danse, les jeux, le cinéma et le patrimoine immatériel jouent un rôle crucial dans l’appréciation de l’identité collective. Pourtant, depuis des décennies, la promotion de cette immense richesse culturelle se heurte à plusieurs défis. D’abord, il existe un manque criant de financement, qui freine le développement des infrastructures nécessaires à la digitalisation des contenus culturels. Ensuite, l’insuffisance de compétences numériques parmi les acteurs culturels représente un autre défi, réduisant leur capacité à exploiter efficacement les outils numériques. De plus, certaines régions souffrent d’indisponibilité d’infrastructure technologique, limitant les innovations telles que la production des bandes dessinées éducatives inspirées des traditions africaines, la difficulté d’accès à Internet rendant quasi impossible la participation au tourisme virtuel, aux événements en ligne ou à la vente d’œuvres d’art à l’international.
À l’ère du numérique, l’adoption d’une stratégie digitale efficace est devenue un levier indispensable pour relever ces défis et donner à la culture africaine la visibilité qui est sienne dans le concert des nations. De facto, pour que le potentiel de la stratégie digitale soit pleinement exploité, il est essentiel de mettre en place des formations numériques adaptées et d’investir dans la construction des infrastructures technologiques de pointe. En effet, la stratégie digitale offre des opportunités inédites pour la promotion culturelle en Afrique. L’un des principaux avantages réside dans la capacité des outils numériques à atteindre un public plus large et diversifié. Les plateformes de réseaux sociaux telles que Facebook, Instagram, et YouTube, Tik-tok, les newsletters, les blogs, et les podcasts permettent de diffuser du contenu culturel à travers le monde, en touchant des personnes qui n’auraient pas eu accès à ces œuvres autrement. En outre, la promotion du numérique permet de réaliser des économies importantes par rapport à l’organisation d’événements traditionnels. Les performances artistiques virtuelles, les expositions en ligne et les ateliers numériques permettent de réduire les coûts de logistique tout en atteignant un public mondial plus large et diversifié.
La digitalisation culturelle, un défi urgent pour les Etats africains
La valorisation du patrimoine culturel africain est un enjeu de taille dans un contexte de mondialisation et de modernisation rapide à l’aune de l’Internet. Les récits, les œuvres d’art, et les traditions, les valeurs endogènes, les jeux, risquent de disparaître comme une trace de fumée dans l’espace si les dirigeants de nos Etats n’engagent au plus vite des réformes structurantes dans le secteur du numérique. Dans cette optique, lors d’une conférence organisée au Maroc en 2021 sous le thème « L’avenir des musées : se rétablir et se réinventer », et qui a permis de visiter des expositions 100% en ligne, le directeur des musées Bank-Al Maghrib, Rochdi Bernoussi avait proposé aux dirigeants des pays africains de « doubler la créativité digitale et assurer la visibilité des arts sur le web afin d’assurer une meilleure accessibilité à la culture ». C’est dire que, les industries créatives en Afrique ayant un immense potentiel de croissance, la mise en place des projets de transformation et d’innovation numérique dans le secteur culturel deviennent une urgence qui doit mobiliser l’attention des gouvernants à tous les niveaux de l’Etat. Mais, la digitalisation de l’industrie culturelle reste tributaire de deux facteurs de taille à l’échelle de l’Afrique. Pour cette raison, les Etats doivent se donner l’ambition de réduire la fracture numérique tout en promouvant l’inclusion sur le continent, à travers diverses initiatives clés de manière à fournir aux localités faiblement, voire pas connectés l’accès à un réseau à haut débit.
Par ailleurs, il est tout aussi crucial de mettre en place des programmes de formation destinés aux acteurs culturels, afin de les familiariser avec les outils numériques et leur permettre de créer et promouvoir leurs œuvres à partir de l’intelligence artificielle, comme Adjéniya Créative, un jeune producteur béninois qui part des valeurs culturelles et de la tradition orale pour concevoir des bandes dessinées à connotation éducative au profit de l’enfance, de la jeunesse et de la société toute en entière. De plus, l’insuffisance des infrastructures technologiques soulignée à l’entame de cette réflexion étant une entrave majeure à l’accès aux ressources numériques dans la plupart des pays africains, un effort conjoint entre les gouvernements, les entreprises technologiques et les organisations culturelles est nécessaire pour investir dans des infrastructures qui permettront à un plus grand nombre d’Africains de se connecter au réseau mondial. En définitive, en s’affranchissant des obstacles liés à la digitalisation, le mécanisme de promotion de la culture africaine affirme son plein potentiel d’aller plus loin dans la valorisation de la mémoire ancestrale et par ricochet accroître les opportunités d’investissement dans le secteur artistique sur le continent.